Ce que l’école nous apprend — et ce qu’elle nous fait oublier
- Gaëlle Miani

- il y a 6 jours
- 2 min de lecture

Interroger les systèmes qui nous forment : écouter Durkheim avec Geoffroy de Lagasnerie
Dans l’épisode du 7 novembre 2025 de Le Souffle de la pensée (France Culture), le sociologue et philosophe Geoffroy de Lagasnerie relit l’œuvre d’Émile Durkheim avec une acuité qui surprend. Ce qui frappe dans cet entretien, ce n’est pas seulement la clarté ou la profondeur de la pensée durkheimienne, mais sa brûlante actualité : nous croyons vivre dans une société qui évolue vite, mais les mécanismes sociaux qui nous façonnent, eux, restent étonnamment constants.
L’invitation de Lagasnerie n’est pas de célébrer Durkheim, mais de se servir de lui comme d’un outil critique. Et c’est dans cette perspective que l’entretien devient particulièrement précieux.
Ce que l’école montre… et ce qu’elle invisibilise
Durkheim nous rappelle que les institutions — y compris l’école — ne sont jamais neutres : elles sont façonnées par la société, et elles travaillent à la reproduire. Lagasnerie va plus loin : il évoque l’idée d’une épistémologie de l’ignorance, c’est-à-dire la capacité qu’ont certaines institutions non seulement de transmettre du savoir, mais aussi de produire de l’ignorance, volontairement ou non.
C’est une idée dérangeante, mais essentielle : chaque système scolaire organise ce que l’on a le droit de savoir… et ce que l’on ne doit pas trop voir.
Il existe ainsi des angles morts :
des expériences humaines peu reconnues,
des savoirs marginalisés,
des formes d’intelligence minorées,
des questions qu’on n’encourage pas vraiment à poser.
Le système scolaire ne se contente pas d’enseigner : il oriente, sélectionne, légitime. Et ce faisant, il révèle ce que la société valorise — et ce qu’elle préfère laisser dans l’ombre.
L’apprentissage comme lieu de prise de conscience
Pour les apprenant·es, cette perspective est libératrice : vos difficultés, vos questionnements, voire vos malaises scolaires ne sont pas uniquement “personnels”. Ils s’inscrivent dans des structures, dans des attentes sociales, dans des normes parfois invisibles.
Pour les enseignant·es, elle ouvre un espace de réflexion : que transmettons-nous réellement lorsque nous enseignons ? De quelles manières reproduisons-nous, sans le vouloir, les limites du système ? Et que pourrions-nous choisir de faire autrement ?
Durkheim, via Lagasnerie, nous rappelle que penser l’école, c’est déjà commencer à transformer la société.
Une écoute pour ralentir, réfléchir et réimaginer
Cet entretien n’est pas un cours magistral. C’est une incitation douce mais déterminée à regarder autrement ce qui semble évident.À comprendre que l’école n’est pas seulement un lieu d’apprentissage, mais un espace politique et social.Qu’elle dit beaucoup de ce que nous voulons devenir… et de ce que nous acceptons de rester.
Prendre une heure pour écouter cette conversation, c’est se donner une chance de voir le système éducatif comme un miroir de nos choix collectifs. Et peut-être de commencer à imaginer d’autres possibles.
Site de référence pour aller plus loin:



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